Dimanche 4 mars 2012 7 04 /03 /Mars /2012 14:06
Par philippe schweyer
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Dimanche 4 mars 2012 7 04 /03 /Mars /2012 13:48
Par philippe schweyer
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Dimanche 4 mars 2012 7 04 /03 /Mars /2012 12:54
Par philippe schweyer
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Samedi 25 février 2012 6 25 /02 /Fév /2012 14:53

 

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Déjà montrées à New York, les photographies de Karlheinz Weinberger rassemblées pour l’exposition Intimate Stranger nous font découvrir une jeunesse suisse sexy et rebelle contaminée par le rock’n’roll.

Des plans serrés sur des braguettes customisées, des jeans rapiécés prêts à exploser, des boucles de ceinture démesurées, des têtes de morts, des bijoux bricolés avec des boulons et du fil de fer, des blousons marqués du nom des gangs… Grâce à Karlheinz Weinberger (1921-2006) qui a photographié sous toutes ses coutures la panoplie décrite ci-dessus, on découvre une jeunesse suisse crânement rebelle dont on ne soupçonnait pas l’existence. C’est en 1958 que le photographe amateur a commencé à photographier cette jeunesse coincée entre la fin de la guerre et les années hippies, fréquentant au plus près les bandes qui scandalisent alors à Zurich et à Bâle. Au pays de l’Ovolmatine et du secret bancaire, les loulous qui vénèrent le King et leurs poulettes aux coiffures démesurées font désordre. La plupart de ces “Halbstarke” (nommés ainsi pour signifier qu’ils n’étaient qu’à moitié adultes) finiront par rentrer dans le rang, les autres rejoindront les Hells Angels. Bien qu’étranger à leur monde, Weinberger continuera à les cotoyer, passant à la couleur à la fin des années 60 pour photographier bikers et rockers sans rien cacher de leur fascination imbécile pour les croix gammées.

L’exposition s’intéresse également à une autre facette du travail de Karlheinz Weinberger en présentant une partie des clichés qu’il a publiés dès les années 40 sous le pseudo de Jim dans Der Kreis (Le Cercle), un journal homosexuel édité par le club gay zurichois du même nom et dont le rayonnement dépassait largement la Suisse. Certaines de ces images sont reprises dans Jeans, une publication éditée pour l’occasion et qui reproduit fidèlement un portfolio réalisé par le photographe à la fin des années 50. Au final, au-delà des images iconiques, on retient la persévérance avec laquelle Karlheinz Weinberger s’est attaché à capter les “différences” qu’il ne fallait surtout pas montrer. Intime étranger parmi les sujets qu’il photographia tout au long de sa vie, Weinberger est mort avant que son travail ne rencontre la reconnaissance qu’il mérite. C’est dommage car il restera pour nous aussi un "intime étranger".

 

INTIMATE STRANGER, exposition jusqu’au 15 avril

au Museum für Gegenwartskunst à Bâle / www.kunstmuseumbasel.ch

 

 

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Par philippe schweyer - Publié dans : Inclassable
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Samedi 25 février 2012 6 25 /02 /Fév /2012 14:48

J’adore les bibliothèques publiques. Ce sont les seuls endroits où l’on peut s’asseoir

au chaud et bouquiner pendant des heures sans rien payer. Ces derniers temps,

ça me fait chaud au coeur de constater que la montée du chômage favorise la lecture.

S’user les yeux sur un bon bouquin pendant que les autres angoissent au bureau

et s’esquintent la santé à l’usine, ça ouvre l’esprit. Il y a quelques semaines, j’ai repéré

un homme qui lisait Les Misérables de Victor Hugo dans un volume de la Pléiade.

Tandis que je feuilletais un magazine people à vive allure, l’homme avançait

laborieusement dans sa saine lecture.

- Vous en êtes où ?

- Page 352. C’est la catastrophe. Waterloo !

Une semaine plus tard, l’homme était toujours à la même place.

- Alors, comment ça se passe à Waterloo ?

- Waterloo morne plaine. Maintenant je suis sur les barricades avec Gavroche.

- Ah ouais un chic gosse… Je me souviens : Joie est mon caractère, c’est la faute à Voltaire,

misère est mon trousseau, c’est la faute à Rousseau…

- Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau, c’est la faute…

- Pourquoi vous ne l’empruntez pas pour le finir tranquillement chez vous ?

Le meilleur endroit pour lire Les Misérables, c’est un bon lit douillet.

L’homme s’est contenté de sourire à moitié sans me répondre.

Quelques jours plus tard, il était toujours assis à la même place. Fidèle au poste.

- Alors, comment va Jean Valjean ?

- Il vient de laisser filer son pire ennemi, l’inspecteur de police Javert.

Pourquoi sauver la peau de son pire ennemi ?

Comme je n’avais pas la réponse, je me suis plongé dans un de ces magazines sur papier

glacé qui me procurent un plaisir aussi éphémère que coupable.

La fois suivante, l’homme n’était plus là. Contrarié, je suis parti à la recherche de Victor

Hugo. Le grand homme était à sa place, à la lettre H, coincé entre Michel Houellebecq

et Nicolas Hulot. Un signet était glissé à une centaine de pages de la fin des Misérables.

- Vous cherchez quelque chose ?

Une bibliothécaire me souriait tout en remettant un peu d’ordre du côté de la lettre G.

- Je cherche quelqu’un… L’homme qui lisait Les Misérables dans la Pléiade.

- Il ne viendra plus. Il a dû se faire pincer…

- Pincer ?

- Il n’avait pas de papiers, c’est pour ça qu’il n’empruntait jamais rien.

Pour avoir une carte, il faut des papiers… Et sans carte, pas de livres.

L’humanisme a des limites.

- Vous connaissiez son nom ?

- Il n’avait pas de carte, donc pas de nom. On se disait bonjour et c’est tout.

Je ne sais même pas d’où il venait.

Le soir même, bien au chaud dans mon lit douillet, j’ai lu que 32.922 étrangers

avaient été expulsés de France en 2011 et que le ministre espérait arriver

à 35.000 en 2012. Il était temps de relire Victor Hugo.

 

Publié dans le magazine Novo n°18 (www.novomag.fr)

Par philippe schweyer - Publié dans : Inclassable
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Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 17:27

Le 29 octobre dernier, un ami m’invite à boire un verre pour commémorer les trente ans de la mort de Georges Brassens. Alors qu’on attaque la troisième bouteille de Gaillac, il se met à chanter : « Quand Margot dégrafait son corsage, pour donner la gougoutte à son chat, tous les gars, tous les gars du village, étaient là, la la la la la la, étaient là, la la la la la… » Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il manque sérieusement de retenu depuis que sa copine a foutu le camp avec son chat… « Et Margot qu'était simple et très sage, présumait que c'était pour voir son chat, que tous les gars, tous les gars du village, étaient là, la la la la la la, étaient là, la la la la la… » Quand il a enfin fini, il me serre dans ses bras, la larme à l’œil.

- Les Copains d’abord aussi c’est beau. Tu sais la jouer ?

- Non, je préfère la vraie guitare.

- La vraie guitare ?

- La guitare électrique…

- Brassens au moins il articule.

- Justement, je crois que c’est ce qui me gêne. On comprend tout. Un mec qui chante dans sa barbe, je trouve ça plus relax… Et ça laisse un peu de place à l’imagination.

- Ah oui, et si ton mec chante des conneries ?

- Du moment que je peux m’imaginer des trucs insensés.

- Et Brel ? Tu trouves qu’il articule trop lui aussi ?

- Il ne mâche pas ses mots.

- Au moins, il crache ses tripes…

- Peut-être, mais ses histoires de bourgeois ça me casse un peu les bonbons. Je préfère réécouter un vieux disque de Trust. Quand j’écoute Antisocial, j’ai envie de tout faire péter, alors que ton Brel me fiche un sacré cafard…

- Je te parle de Jacques Brel et tu me parles de Trust…

Là, il se lève brusquement :

- Je vais te faire écouter quelque chose que tu n’as jamais entendu !

Dès les premières notes, je reconnais la mélodie du Plat pays, mais je ne comprends pas du tout les paroles.

- C’est quoi cette langue bizarre ?

- C’est du néerlandais. C’est Mijn vlakke land, une reprise du Plat pays de Brel par Matthias Kadar.

Je m’allonge sur le canapé et je ferme les yeux. C’est comme si un barrage intérieur venait de céder. Je me laisse envahir par une vague de chaleur. La musicalité et la sincérité qui se dégagent du morceau me percent le cœur. Je ne pense plus du tout au plat pays, mais plutôt à un paysage alpestre. Depuis un lointain sommet, quelqu’un me fait des signes. Je crois reconnaître la jeune fille mystérieuse qui salue Marcello Mastroianni à la fin de la Dolce Vita. Je suis en plein brouillard, submergé par une émotion incontrôlable. Elle me sourit une dernière fois, ferme une porte que je n’avais pas vue et disparaît. Je rouvre les yeux et me lève pour relancer le morceau. Cette fois, je valse à travers la pièce les bras grand écartés. Maintenant je suis Belmondo dans Pierrot le fou. Encore quelques mesures et je me ferai sauter la tête à la dynamite. Putain de musique.

Publié dans Novo n°17

Par philippe schweyer
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Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 17:46

Le 11 novembre 2011 à 11 heures, pendant que d’autres commémorent l’armistice en faisant du shopping en Allemagne, je décide de faire la paix avec moi-même. Il me reste une dizaine de minutes avant 11h11 pour réfléchir au sens de ma vie. Ensuite, il sera peut-être trop tard.


11h01 : Plutôt que de réfléchir à une méthode pour aider la Grèce à sortir de la crise, je décide de me concentrer sur l’essentiel.

 

11h02 : J’ai bien quelques dettes, mais je refuse d’admettre que je suis en crise. Ou alors il va falloir que mon banquier se décide à éponger mes dettes pour que je puisse me payer un psy.

 

11h03 : Crise ou pas crise, cela fait une éternité que je ne suis pas allé au cinéma et je viens de perdre une minute à chercher le nom du dernier film que j’ai vu. Si j’ai oublié, c’est qu’il y a peut-être une raison…

 

11h04 : Il n’y a pas que le cinéma dans la vie. Un gros livre, c’est encore mieux qu’un long film. Et si je restais au chaud dans mon lit pour relire Les Puissances des Ténèbres d’Anthony Burgess jusqu’à Nouvel an ?

 

11h05 : Rien de meilleur qu’un livre qui se lit jusqu’au bout de la nuit, mais je suis bien trop snob pour lire le dernier Prix Goncourt entre Noël et Nouvel an. Et si je me passais de sapin ?

 

11h06 : Est-ce vraiment une bonne chose d’essayer de réfléchir au sens à ma vie ? Plus j’y pense et plus je me dis que ça n’a pas de sens. C’est même quasiment insensé.

 

11h07 : Rien que de penser aux fêtes de fin d’année, ça me donne envie de croire qu’il ne reste plus que trois minutes avant la fin du monde. Et si je demandais un crédit pour fuir au bout du monde ?

 

11h08 : J’allume mon téléphone portable. Il me reste un peu de temps pour écouter les deux messages qui trainent sur ma boîte vocale. Après il sera peut-être trop tard.

 

11h09 : Premier message : un ami m’invite à la grosse fiesta qu’il organise le 23 décembre pour dédramatiser la soirée du 24.

 

11h10 : Deuxième message : un autre ami m’invite à sa fête du 30 décembre. Il m’annonce clairement qu’il fera le maximum pour empêcher ses invités de faire quoi que ce soit le 31.

 

11h11 : Il ne se passe rien. J’attends quelques secondes car je me souviens que ma montre avance légèrement.

 

11h12 : Toujours rien.

 

En attendant le 12.12.12 à 12h00, je décide d’arrêter de réfléchir. J’envisage assez sérieusement de recommencer à boire comme un trou, de me mettre à manger des trucs gras, d’arrêter de caresser l’idée de trouver un sport à ma convenance, de fumer comme un pompier et de faire la fête à en perdre la raison. Finalement, la fin de l’année s’annonce plus festive que prévu.

Publié dans ZUT! (www.zutmag.fr)

Par philippe schweyer
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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 17:31

NOVO_17_PLOSSU_Graciella_______Mexico_DF_1966_-3-.jpgNOVO_17_PLOSSU_Puerto_Angel_Mexique_1965_-7-.jpg

Exposition du 10 décembre au 2 avril au Musée des Beaux-arts et d’archéologie de Besançon

+ En clin d’œil, le Musée du Temps présente une série de photographies de Bernard Plossu sur les montres, horloges et clochers.

+ Le Voyage mexicain, l’intégrale et Le Retour à Mexico, éditions Images en Manœuvre.

+ Far out ! Les années Hip : Haight-Ashbury, India, Goa, médiapop éditions.

+ Rencontre avec Bernard Plossu à la Vitrine, 53 avenue Kennedy à Mulhouse, le 11 décembre à partir de 14h30 (www.old-school.fr).

 

Echange avec Bernard Plossu à l’occasion d’une exposition de ses photographies du Mexique au musée des Beaux-arts de Besançon et d’une réédition augmentée de son livre “culte”, Le Voyage mexicain, initialement paru en 1979.

 

Ton premier séjour au Mexique en 1965-1966 a-t-il changé ta vie?

Ça a tout changé ! Passer de Paris à Mexico ! Et à la route, à l’époque beatnik, à deux autres langues, le mexicain et le gringo, aux nuits de plages étoilées des tropiques, à Dylan et Fred Neil, LE meilleur musicien de cette génération (même Dylan en parle au début de son livre Chroniques), à être loin des salles de cinéma mais dans la vraie vie, plus dans les films mais dans LE film, à l’herbe, à la vie en roue libre !

 

Pourquoi rééditer “Le Voyage mexicain”, ton livre mythique?

On republie Le Voyage mexicain parce que le livre original (éditions Contrejour) est épuisé et qu’il y a plein d’autres photos qui n’ont encore jamais été montrées. C’est une initiative d’Emmanuel Guigon (le directeur des musées de Besançon, ndlr) qui aide ainsi à ce que ces images réapparaissent.

 

Tu es très attaché au procédé Fresson. Qu’apporte la colorisation de tes images du Mexique?

Dès 1967, le procédé Fresson m’a sidéré. Deux amis, Claude Charles Fourrier et Michel Mathelot, m’en ont parlé et immédiatement ça m’a plu, parce que ce sont les seules couleurs qui ont la même ambiance que le noir et blanc. J’avais vingt-et-un ans et aucune idée de leur importance (il est prouvé depuis que ce sont les tirages couleur les plus stables au monde). Je les aimais pour leur incroyable ambiance mate et poétique. Ce procédé m’a permis de traiter la couleur comme du noir et blanc, mais en couleur, que ce soit au Mexique ou ailleurs ! Une bonne moitié des tirages Fresson exposés au musée de Besançon datent de la fin des années 60.

 

Quelle était ton intention en revenant à Mexico en 1970?

En 1970, j’étais en Inde et à Goa (voir notre livre Far out !). Dans ce pays, à part le trip de ma génération, la misère m’a bouleversé. Et en revenant à Mexico à l’automne 70 avec mon grand angle de 24mm, un truc d’époque, je suis allé dans tous les quartiers de la périphérie du DF (district fédéral) de cette ville gigantesque. J’avais besoin de voir le vrai Mexico City ! Et je suis tombé sur des quartiers identiques à ceux du film de Buñuel Los Olvidados, avec des milliers de gens habitant dans des conditions terribles. J’ai fait la seule chose que je sais faire : photographier. Ces images n’ont jamais été montrées. Emmanuel Guigon a décidé de les montrer comme une suite à celles de 1965-1966.

 

Quelle a été l’influence du film de Buñuel Los Olvidados?

Los Olvidados m’a marqué, socialement et aussi visuellement : j’ai récemment revu le film et pas mal de passages sont comme mes photos. Ça a dû s’enregistrer dans ma petite tête, comme tous les films que j’ai vu entre quinze et vingt ans à la Cinémathèque, comme Le Silence de Bergman ou L’éclipse d’Antonioni… Récemment, je suis allé au Musée Buñuel à Calenda en Espagne, et y ai trouvé un livre sur les photos de repérage faites par Buñuel pour ses films : il y a des photos des lieux du tournage de Los Olvidados qui sont exactement comme les miennes ! Je ne le savais pas. C’est une coïncidence forte.

 

A quoi penses-tu en revoyant ton film réalisé au Mexique en 1965 avant que ta caméra tombe à l’eau?

En revoyant ce film en 8mm tourné avec une petite caméra de rien du tout, je pense à la douceur des tropiques de Puerto Angel. Je n’y suis jamais retourné, ça a pas mal changé paraît-il ! à l’époque, il n’y avait pas d’hôtel, on vivait sur la plage ! En revoyant ce film, je me rends compte de l’insouciance de ces errances. La vie ne coûtait pas chère du tout “on the road”. C’était il y a un demi-siècle ! Trois des cinq membres de l’expédition avec laquelle j’étais allé dans la jungle du Chiapas sont déjà partis au ciel… C’était une sacrée époque et j’ai eu du bol d’aller dans ce vrai décor de western au lieu d’aller au cinéma à Panam ! La liberté m’a apporté encore plus que la culture. Tout vivre était plus fort que de tout savoir à Paris !

 

Si tu retournais au Mexique, qu’aurais-tu envie d’y photographier?

Le village de Desemboque chez les indien Seris, les ruines au Nord, Casas Grandes, la région de Durango ou tant de westerns gringos ont été tournés (comme La Horde sauvage), le coin de Real de Quatorze… Et m’immerger ! Me réveiller un matin d’hiver à Oaxaca et y retrouver mes amis Guillermo et Maria…

 

Cette nouvelle exposition à Besançon est-elle importante pour toi?

C’est toujours important de partager les moments authentiques de la vie ! Montrer que le temps qui passe n’est pas une histoire de mode ou d’air du temps ! Ces images qui ont presque un demi-siècle sont sans effet de mode. Rien n’est pire que ce qui est fait pour plaire à son époque. Ce qui a été fait Vraiment (avec un V majuscule) tient la route pour de bon. Le temps ainsi au contraire contribue à ne pas être que du temps qui passe ! Merci à la Ville de Besançon de me permettre cela.

 

Publié dans Novo n°17 = http://issuu.com/media.pop/docs/novo_17/53

Par philippe schweyer
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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 15:19

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Gravure : Henri Walliser

 

Rencontre avec Theo Hakola, ex-leader d’Orchestre Rouge puis de Passion Fodder, auteur de cinq albums en solo et d’une poignée de livres, dont Rakia, un “Jules et Jim inversé à la sauce balkanique”. 

Invité à parler de rock et de littérature dans le cadre du festival Tout Mulhouse lit, Theo Hakola prend ses interlocuteurs à revers. Pour lui qui a produit le premier album de Noir Désir et qu’un journaliste du NME surnomma “Baudelaire with an electric guitar”, il y a le rock d’un côté et la bonne littérature de l’autre. Dire que Céline ou Bukowski font de la littérature rock, n’a pas de sens. Quelques minutes après un débat qui nous a laissé sur notre faim, nous retrouvons Theo Hakola en tête à tête. L’occasion de revenir sur son parcours de musicien et d’écrivain, d’évoquer ses rencontres les plus marquantes, ses combats et ses colères. Après une heure de conversation, nous lui proposons une chronique dans Novo dans laquelle il sera libre de raconter les élections depuis les Etats-Unis où il séjourne régulièrement. Deux jours plus tard, le facteur dépose Drunk women and sexual water dans notre boîte aux lettres. Forcément le meilleur disque du monde, beau comme un coup de couteau en plein cœur.


Est-ce que cela t’agace que l’on te parle encore d’Orchestre Rouge et de Passion Fodder ?

Le premier album d’Orchestre Rouge est mon plus mauvais disque. Il est mal produit, il ne sonne pas, les textes ne sont pas intéressants, le son des guitares est infect, la voix est quelconque. C’est de la branlette, mais je me suis bien amusé. Si on aime encore ce disque-là, on ne partage pas mes goûts. Le deuxième est un vrai pas en avant, mais il est à peine audible. Par contre, à partir du deuxième album de Passion Fodder, j’assume complètement. Je fais régulièrement le tour de mes cinq albums solo et mon préféré est le dernier. Heureusement que mon dernier disque est le meilleur !


Après la découverte de Dylan, le punk et en particulier le Clash a-t-il changé ta vie ?

J’ai l’espoir d’éclairer ceux qui m’écoutent, comme certaines chansons m’ont éclairé. A cinq ans, j’ai entendu Dylan à la radio. Subterranean Homesick Blues était dans les charts ! A douze ans, j’ai vu Jimi Hendrix en concert pour 3 dollars 50. A l’époque tout le monde jouait Hey Joe, mais Hendrix l’a explosé. C’était la révolution. Ensuite, après la traversée du désert des années 1970, il y a eu le punk et en particulier le morceau White man in Hammersmith Palais de Clash. C’est la première fois que j’entendais un texte qui m’éclairait tout en canalisant ma colère et ma frustration. C’est peut-être aussi le but de mes propres textes. J’écoute encore l’album des Sex Pistols avec grand plaisir. C’est un peu comme prendre de la cocaïne le matin. Ça me donne envie de vivre. Je n’aime pas toute l’œuvre du Clash, mais c’était comme une révélation, une ouverture. Il y avait un côté artistique chez les punks, en particulier à New York avec Television et la réhabilitation des guitares qui tuent. Ce que Television a pu faire, surtout en live, est miraculeux. Le Clash avait un discours plus politique, mais c’était parfois du pipeau, de la branlette…

 

Quand Joe Strummer parle des Brigades rouges dans Rude Boy, c’est assez confus…

Oui, c’est n’importe quoi ! Ce discours-là vendait des disques. Le même phénomène a eu lieu en France avec la Mano Negra ou les prises de position de Noir Désir. Ça a servi à vendre des disques. Je ne dis pas qu’ils l’ont fait pour ça, mais c’était une mode. On aimait bien lever le poing et penser que l’on était révolutionnaire. Les Clash ont profité de ça. Je ne dis pas qu’ils l’ont fait pour ça, mais cette image de révolutionnaires était bonne pour eux.

 

Tu les as rencontrés ?

Oui. Ils étaient dans le “Sex, drugs and Rock’n Roll” comme les autres. Cela dit, Strummer est toujours resté charmant. Il y a eu un vrai moment de magie, même si leur discours politique était parfois de la branlette. A la fin de White man in Hammersmith palais, Strummer se moque de lui et c’est pour ça que cette chanson est miraculeuse. Quand il dit « Im the all night drug prowling wolf who looks so sick in the sun » c’est une façon de dire qu’il n’est tout de même pas Martin Luther King. Sa frustration parce qu’aucun groupe de noirs ne prône la révolution est un peu bête, mais il y a tellement de couches que l’on pourrait écrire une thèse sur ce morceau. Quand il dit « The new groups are not concerned with what there is to be learned. They got burton suits huh you think it’s funny, turning rébellion into money » c’est exactement ce qu’ils étaient entrain de faire. Il y a tout leur talent et il y a aussi un peu de hasard qui fait que leur musique était vraiment bien. J’ai adoré le morceau Spanish Bombs, mais « Yo te quiero y finito », c’est n’importe quoi ! Pourtant ça évoquait de manière poétique des choses qui me touchaient. Ils voulaient se référer à la guerre civile espagnole qui était ma spécialité. Ce simple geste m’a touché.

 

De quelle nature était ton engagement contre l’Espagne franquiste ?

En 1975, j’ai travaillé à temps plein pour le Comité américain pour l’Espagne démocratique. Après la mort de Franco, j’ai continué à contribuer alors que je faisais mes études à Londres. En 1976, je suis allé en Espagne pendant trois mois pour donner un coup de main. On luttait contre la politique américaine qui soutenait Franco. Pour conserver ses bases militaires, les Etats-Unis lui donnaient comme une béquille alors qu’il était en train de s’effondrer. C’est surtout contre ça que l’on se battait.

 

Peu de musiciens s’intéressent autant à la politique que toi.

Si j’étais Springsteen, je pourrais me rendre mille fois plus utile. Je parle de politique comme je parle de l’amour. J’ai besoin d’exprimer ma colère, ma tristesse ou l’amour. Le blues doit tout à la tristesse, à la souffrance, à l’amour. L’amour ça peut être le blues, la tristesse et la dépression mais ça peut très bien être aussi la colère politique ou mes désirs politiques.

 

Tu rencontres d’autres musiciens ?

Je n’ai pas encore rencontré Dylan. Je pense qu’il va mourir et que je n’aurais pas fait sa connaissance. Peut-être que ça compte moins pour moi aujourd’hui de rencontrer mes idoles. Mais j’en ai rencontrées. Ça compte un peu. Joe Strummer, par exemple. J’ai discuté avec lui deux fois et c’est quelque chose que j’aime porter en moi. J’aimais beaucoup Jorge Semprun que j’ai interviewé à la fin des années 1970 et au début des années 1980 pour un hebdomadaire américain de gauche et aussi pour Cineaste. J’ai passé du bon temps à discuter avec lui. J’étais un peu naïf et je ne me gênais pas pour l’appeler pour aller prendre un café. Il m’a donné de son temps, alors que je sais que pour un auteur chaque obstacle à l’écriture est pénible. Parfois, je repousse l’obligation d’aller faire des courses jusqu’à ce qu’il n’y ait plus ni pâtes ni beurre à la maison. Quand je pense que je l’ai dérangé dans son emploi du temps, je trouve ça assez touchant qu’il m’ait donné ce temps. C’est un peu par hasard que j’ai rencontré Iggy Pop et Lou Reed… Si j’avais des petits enfants, ça serait marrant de leur raconter ça.

 

Tu pourrais aussi raconter ces rencontres dans un livre.

Oui, je pourrais écrire mes mémoires à quatre-vingt ans… Je n’écris pas de livres autobiographiques, mais j’utilise ce que je vis pour le cadre. J’ai rencontré Lester Bangs au CBGB et je lui ai payé une bière. C’est un plaisir de pouvoir me souvenir de ça. Dans mon deuxième roman, il y a un personnage qui est directement inspiré par notre petite rencontre.

 

Tu lisais les articles de Lester Bangs dans le Village Voice ?

Je me souviens surtout d’un grand article qu’il a écrit en 1979 et dans lequel il parlait des idées fascisantes et du racisme dans le milieu punk et la new wave. Il avait interviewé un musicien de couleur, Ivan Julian, le guitariste de Richard Hell and the Voidoids. J’étais épaté par la finesse et l’humanisme de cet article. Juste après, je suis allé au CBGB pour voir Richard Hell and the Voidoids. Lester Bangs picolait et était dans une spirale qui l’entraînait vers le bas, mais ça ne l’a pas empêché d’avoir une plume jusqu’au bout. Un morceau comme Blitzkrieg Bop de Ramones me troublait. Quand Sid Vicious se fait filmer avec une croix gammée dans La Grande escroquerie du rock’n roll, ça ne me fait pas rire une demi-seconde. J’ai trouvé ça bien que Lester Bangs parle ce ces choses troublantes. Le Clash était dans la provocation, mais pas en flirtant avec des images fascistes pour choquer les bourgeois ou les hippies. Je suis né trop tard pour être hippie et trop tôt pour être punk. Quand j’ai vu Hendrix en 1966, j’avais douze ans. C’est un peu jeune pour prendre de l’acide et partir à San Francisco. Et j’avais déjà vingt-quatre ans en 1978, c’était un peu tard pour être punk. J’ai abordé la musique avec plus de maturité que ceux qui avaient dix-huit ans. Peut-être qu’eux avaient l’énergie et la capacité de provocation que je n’avais déjà plus. Moi aussi, j’ai fait de la provocation un peu gratuite en déchirant des bibles sur scène aux Etats-Unis. Ça amusait les gens lors de la plupart des concerts, jusqu’à ce qu’on arrive en Californie du sud où on a commencé à avoir des retours un peu effrayants.

 

C’est ennuyant de déchirer des bibles si personne ne réagit !

Ils réagissaient. C’était joyeux. Ils venaient avec des bouts de feuilles pour qu’on les signe. C’était très drôle, c’était la fête et j’avais un discours qui allait avec. C’étaient des bibles ramassées dans les chambres d’hôtel. En Californie du sud, les gens ripostaient en m’insultant. Un soir quelqu’un a jeté un cendrier en verre sur la scène. Pendant le même concert, quelqu’un dans le public nous a payé une tournée. C’était de la provocation gratuite. En fait, j’en avais marre, comme j’en ai toujours marre, de l’importance de la religion dans la société américaine.

 

Ce n’est pas fini avec le probable prochain candidat républicain…

C’est pour ça que mon prochain album s’appellera This machine kills Republicans ! Titre provisoire… Ce sera peut-être This album kills Republicans ou This song kills Republicans. C’est une référence à Woodie Guthrie qui avait un autocollant « This machine kills fascists » sur sa guitare.

 

Y a-t-il une écriture rock ?

La musique rock existe, mais l’écriture rock n’existe pas. Le rock que j’aime est un couteau aiguisé pour rentrer dans mon ventre, dans ma tête et dans mon cœur. C’est aussi ce que j’attends de la bonne littérature. Avant de faire de la musique, j’ai essayé d’écrire des romans et j’ai été journaliste. Avec l’âge, à la différence de Carson McCullers qui est née avec la grâce, j’ai réussi à écrire des romans. Je suis né sans génie, mais avec le talent du travail. Ma musique est plus aboutie et plus respectable aujourd’hui qu’à mes débuts alors que Dieu, qui n’existe pas, a touché Carson Mc Cullers qui a écrit Le Cœur est un chasseur solitaire à vingt-deux ans.

 

Est-ce aussi excitant d’écrire que de faire de la musique ?

La musique, c’est mille fois plus marrant. Surtout parce qu’on n’est pas seul. L’écriture, c’est quand même triste. La poésie est plus proche du rock que le roman. Quand j’ai commencé la musique, mon idée était d’écrire de la poésie. Je trouvais que Neruda, une de mes idoles, était mieux chanté que dit. En tant que fan de Dylan, je trouvais que n’importe quelle poésie digne de ce nom était mieux chantée que dite, justement parce que le couteau était plus aiguisé. Ça pénétrait mieux mon cœur quand c’était chanté et c’est toujours le cas. Ce qui est excitant et même intoxiquant quand je m’isole à la montagne aux Etats-Unis pour écrire, c’est quand mon cerveau commence à porter le livre. Là, j’ai besoin de ma dose sans quoi je suis en manque. C’est cet état qui me permet d’achever mes pavés.

 

C’est plus difficile d’avoir une vie sociale quand tu écris?

Tout va bien si par chance j’ai mon amoureuse avec moi. Je peux passer quinze heures d’affilée en studio, mais je ne peux pas écrire pendant quinze heures. Il faut quand même respirer un peu. Il faut aller embêter des truites dans des rivières locales.

 

Est-ce plus facile de faire un disque quand tu as une amoureuse ?

C’est sans doute mieux quand je me suis fait quitter.

 

Alors, il faut remercier celles qui t’ont largué…

Je suis avec quelqu’un aujourd’hui, donc le prochain sera sans doute sera moins bon parce qu’elle m’aime, que je l’aime et qu’elle n’est pas sur le point de me quitter. Mais je peux imaginer qu’elle me quitte et je peux aussi recycler les largages passés et pondre une chanson.

 

Quel est le sujet de Rakia, ton dernier livre ?

 C’est un livre inspiré à la fois par mon amour et par mon agacement pour les Serbes. Mon personnage est un chanteur de rock qui quitte son groupe. C’est un personnage plutôt faible, candide, flou et mou qui se cherche et va se faire accaparer par deux femmes éclatantes, deux espèces de sirènes, des serbes. Entre lui et les deux musiciennes, se joue une sorte de Jules et Jim à l’envers. Belgrade me fait un peu penser à Madrid au début des années 1980. Il y a une Movida, une ouverture, une excitation underground et artistique, une fête continue que j’essaye de rendre dans mon roman. Par ailleurs, le temps que j’ai passé à Sarajevo m’a énormément ému. L’intrigue est un véhicule dont je me sers pour raconter l’ex Yougoslavie et analyser ce que j’appelle le “déni serbe”. Je ne dis pas que c’est facile, je ne dis pas que tout est noir ou blanc, mais c’est fou à quel point les Bosniaques et les Serbes voient les choses différemment. Je finis par voir les choses davantage comme les Bosniaques. Je ne suis pas anti-serbe, comme je ne suis pas anti-américain. C’est Sarah Palin qui est anti-américain. C’est elle qui fait du mal au pays et je crois que Obama nous protège mieux que Bush. A l’époque, je comprenais qu’on me fasse des réflexions en Europe sur Nixon ou le Vietnam, alors que les Serbes sont souvent sur la défensive. Où est la vérité là-dedans ? Où est-ce qu’on cherche la vérité ? Comment trouve-t-on la vérité ? Mon personnage cherche et c’est un des fils conducteurs du livre.

 

Publié dans Novo N°17 = http://issuu.com/media.pop/docs/novo_17/39

Par philippe schweyer
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Mercredi 19 octobre 2011 3 19 /10 /Oct /2011 08:34

Vincent Vanoli présente son nouveau livre au Noumatrouff le 21 octobre à 20h30 (sortie officielle le 15 novembre).

 

SUBLIME-VANOLI-COUV.jpg link

Par philippe schweyer
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