Lundi 2 janvier 2012 1 02 /01 /Jan /2012 17:27

Le 29 octobre dernier, un ami m’invite à boire un verre pour commémorer les trente ans de la mort de Georges Brassens. Alors qu’on attaque la troisième bouteille de Gaillac, il se met à chanter : « Quand Margot dégrafait son corsage, pour donner la gougoutte à son chat, tous les gars, tous les gars du village, étaient là, la la la la la la, étaient là, la la la la la… » Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il manque sérieusement de retenu depuis que sa copine a foutu le camp avec son chat… « Et Margot qu'était simple et très sage, présumait que c'était pour voir son chat, que tous les gars, tous les gars du village, étaient là, la la la la la la, étaient là, la la la la la… » Quand il a enfin fini, il me serre dans ses bras, la larme à l’œil.

- Les Copains d’abord aussi c’est beau. Tu sais la jouer ?

- Non, je préfère la vraie guitare.

- La vraie guitare ?

- La guitare électrique…

- Brassens au moins il articule.

- Justement, je crois que c’est ce qui me gêne. On comprend tout. Un mec qui chante dans sa barbe, je trouve ça plus relax… Et ça laisse un peu de place à l’imagination.

- Ah oui, et si ton mec chante des conneries ?

- Du moment que je peux m’imaginer des trucs insensés.

- Et Brel ? Tu trouves qu’il articule trop lui aussi ?

- Il ne mâche pas ses mots.

- Au moins, il crache ses tripes…

- Peut-être, mais ses histoires de bourgeois ça me casse un peu les bonbons. Je préfère réécouter un vieux disque de Trust. Quand j’écoute Antisocial, j’ai envie de tout faire péter, alors que ton Brel me fiche un sacré cafard…

- Je te parle de Jacques Brel et tu me parles de Trust…

Là, il se lève brusquement :

- Je vais te faire écouter quelque chose que tu n’as jamais entendu !

Dès les premières notes, je reconnais la mélodie du Plat pays, mais je ne comprends pas du tout les paroles.

- C’est quoi cette langue bizarre ?

- C’est du néerlandais. C’est Mijn vlakke land, une reprise du Plat pays de Brel par Matthias Kadar.

Je m’allonge sur le canapé et je ferme les yeux. C’est comme si un barrage intérieur venait de céder. Je me laisse envahir par une vague de chaleur. La musicalité et la sincérité qui se dégagent du morceau me percent le cœur. Je ne pense plus du tout au plat pays, mais plutôt à un paysage alpestre. Depuis un lointain sommet, quelqu’un me fait des signes. Je crois reconnaître la jeune fille mystérieuse qui salue Marcello Mastroianni à la fin de la Dolce Vita. Je suis en plein brouillard, submergé par une émotion incontrôlable. Elle me sourit une dernière fois, ferme une porte que je n’avais pas vue et disparaît. Je rouvre les yeux et me lève pour relancer le morceau. Cette fois, je valse à travers la pièce les bras grand écartés. Maintenant je suis Belmondo dans Pierrot le fou. Encore quelques mesures et je me ferai sauter la tête à la dynamite. Putain de musique.

Publié dans Novo n°17

Par philippe schweyer
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Dimanche 1 janvier 2012 7 01 /01 /Jan /2012 17:46

Le 11 novembre 2011 à 11 heures, pendant que d’autres commémorent l’armistice en faisant du shopping en Allemagne, je décide de faire la paix avec moi-même. Il me reste une dizaine de minutes avant 11h11 pour réfléchir au sens de ma vie. Ensuite, il sera peut-être trop tard.


11h01 : Plutôt que de réfléchir à une méthode pour aider la Grèce à sortir de la crise, je décide de me concentrer sur l’essentiel.

 

11h02 : J’ai bien quelques dettes, mais je refuse d’admettre que je suis en crise. Ou alors il va falloir que mon banquier se décide à éponger mes dettes pour que je puisse me payer un psy.

 

11h03 : Crise ou pas crise, cela fait une éternité que je ne suis pas allé au cinéma et je viens de perdre une minute à chercher le nom du dernier film que j’ai vu. Si j’ai oublié, c’est qu’il y a peut-être une raison…

 

11h04 : Il n’y a pas que le cinéma dans la vie. Un gros livre, c’est encore mieux qu’un long film. Et si je restais au chaud dans mon lit pour relire Les Puissances des Ténèbres d’Anthony Burgess jusqu’à Nouvel an ?

 

11h05 : Rien de meilleur qu’un livre qui se lit jusqu’au bout de la nuit, mais je suis bien trop snob pour lire le dernier Prix Goncourt entre Noël et Nouvel an. Et si je me passais de sapin ?

 

11h06 : Est-ce vraiment une bonne chose d’essayer de réfléchir au sens à ma vie ? Plus j’y pense et plus je me dis que ça n’a pas de sens. C’est même quasiment insensé.

 

11h07 : Rien que de penser aux fêtes de fin d’année, ça me donne envie de croire qu’il ne reste plus que trois minutes avant la fin du monde. Et si je demandais un crédit pour fuir au bout du monde ?

 

11h08 : J’allume mon téléphone portable. Il me reste un peu de temps pour écouter les deux messages qui trainent sur ma boîte vocale. Après il sera peut-être trop tard.

 

11h09 : Premier message : un ami m’invite à la grosse fiesta qu’il organise le 23 décembre pour dédramatiser la soirée du 24.

 

11h10 : Deuxième message : un autre ami m’invite à sa fête du 30 décembre. Il m’annonce clairement qu’il fera le maximum pour empêcher ses invités de faire quoi que ce soit le 31.

 

11h11 : Il ne se passe rien. J’attends quelques secondes car je me souviens que ma montre avance légèrement.

 

11h12 : Toujours rien.

 

En attendant le 12.12.12 à 12h00, je décide d’arrêter de réfléchir. J’envisage assez sérieusement de recommencer à boire comme un trou, de me mettre à manger des trucs gras, d’arrêter de caresser l’idée de trouver un sport à ma convenance, de fumer comme un pompier et de faire la fête à en perdre la raison. Finalement, la fin de l’année s’annonce plus festive que prévu.

Publié dans ZUT! (www.zutmag.fr)

Par philippe schweyer
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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 17:31

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Exposition du 10 décembre au 2 avril au Musée des Beaux-arts et d’archéologie de Besançon

+ En clin d’œil, le Musée du Temps présente une série de photographies de Bernard Plossu sur les montres, horloges et clochers.

+ Le Voyage mexicain, l’intégrale et Le Retour à Mexico, éditions Images en Manœuvre.

+ Far out ! Les années Hip : Haight-Ashbury, India, Goa, médiapop éditions.

+ Rencontre avec Bernard Plossu à la Vitrine, 53 avenue Kennedy à Mulhouse, le 11 décembre à partir de 14h30 (www.old-school.fr).

 

Echange avec Bernard Plossu à l’occasion d’une exposition de ses photographies du Mexique au musée des Beaux-arts de Besançon et d’une réédition augmentée de son livre “culte”, Le Voyage mexicain, initialement paru en 1979.

 

Ton premier séjour au Mexique en 1965-1966 a-t-il changé ta vie?

Ça a tout changé ! Passer de Paris à Mexico ! Et à la route, à l’époque beatnik, à deux autres langues, le mexicain et le gringo, aux nuits de plages étoilées des tropiques, à Dylan et Fred Neil, LE meilleur musicien de cette génération (même Dylan en parle au début de son livre Chroniques), à être loin des salles de cinéma mais dans la vraie vie, plus dans les films mais dans LE film, à l’herbe, à la vie en roue libre !

 

Pourquoi rééditer “Le Voyage mexicain”, ton livre mythique?

On republie Le Voyage mexicain parce que le livre original (éditions Contrejour) est épuisé et qu’il y a plein d’autres photos qui n’ont encore jamais été montrées. C’est une initiative d’Emmanuel Guigon (le directeur des musées de Besançon, ndlr) qui aide ainsi à ce que ces images réapparaissent.

 

Tu es très attaché au procédé Fresson. Qu’apporte la colorisation de tes images du Mexique?

Dès 1967, le procédé Fresson m’a sidéré. Deux amis, Claude Charles Fourrier et Michel Mathelot, m’en ont parlé et immédiatement ça m’a plu, parce que ce sont les seules couleurs qui ont la même ambiance que le noir et blanc. J’avais vingt-et-un ans et aucune idée de leur importance (il est prouvé depuis que ce sont les tirages couleur les plus stables au monde). Je les aimais pour leur incroyable ambiance mate et poétique. Ce procédé m’a permis de traiter la couleur comme du noir et blanc, mais en couleur, que ce soit au Mexique ou ailleurs ! Une bonne moitié des tirages Fresson exposés au musée de Besançon datent de la fin des années 60.

 

Quelle était ton intention en revenant à Mexico en 1970?

En 1970, j’étais en Inde et à Goa (voir notre livre Far out !). Dans ce pays, à part le trip de ma génération, la misère m’a bouleversé. Et en revenant à Mexico à l’automne 70 avec mon grand angle de 24mm, un truc d’époque, je suis allé dans tous les quartiers de la périphérie du DF (district fédéral) de cette ville gigantesque. J’avais besoin de voir le vrai Mexico City ! Et je suis tombé sur des quartiers identiques à ceux du film de Buñuel Los Olvidados, avec des milliers de gens habitant dans des conditions terribles. J’ai fait la seule chose que je sais faire : photographier. Ces images n’ont jamais été montrées. Emmanuel Guigon a décidé de les montrer comme une suite à celles de 1965-1966.

 

Quelle a été l’influence du film de Buñuel Los Olvidados?

Los Olvidados m’a marqué, socialement et aussi visuellement : j’ai récemment revu le film et pas mal de passages sont comme mes photos. Ça a dû s’enregistrer dans ma petite tête, comme tous les films que j’ai vu entre quinze et vingt ans à la Cinémathèque, comme Le Silence de Bergman ou L’éclipse d’Antonioni… Récemment, je suis allé au Musée Buñuel à Calenda en Espagne, et y ai trouvé un livre sur les photos de repérage faites par Buñuel pour ses films : il y a des photos des lieux du tournage de Los Olvidados qui sont exactement comme les miennes ! Je ne le savais pas. C’est une coïncidence forte.

 

A quoi penses-tu en revoyant ton film réalisé au Mexique en 1965 avant que ta caméra tombe à l’eau?

En revoyant ce film en 8mm tourné avec une petite caméra de rien du tout, je pense à la douceur des tropiques de Puerto Angel. Je n’y suis jamais retourné, ça a pas mal changé paraît-il ! à l’époque, il n’y avait pas d’hôtel, on vivait sur la plage ! En revoyant ce film, je me rends compte de l’insouciance de ces errances. La vie ne coûtait pas chère du tout “on the road”. C’était il y a un demi-siècle ! Trois des cinq membres de l’expédition avec laquelle j’étais allé dans la jungle du Chiapas sont déjà partis au ciel… C’était une sacrée époque et j’ai eu du bol d’aller dans ce vrai décor de western au lieu d’aller au cinéma à Panam ! La liberté m’a apporté encore plus que la culture. Tout vivre était plus fort que de tout savoir à Paris !

 

Si tu retournais au Mexique, qu’aurais-tu envie d’y photographier?

Le village de Desemboque chez les indien Seris, les ruines au Nord, Casas Grandes, la région de Durango ou tant de westerns gringos ont été tournés (comme La Horde sauvage), le coin de Real de Quatorze… Et m’immerger ! Me réveiller un matin d’hiver à Oaxaca et y retrouver mes amis Guillermo et Maria…

 

Cette nouvelle exposition à Besançon est-elle importante pour toi?

C’est toujours important de partager les moments authentiques de la vie ! Montrer que le temps qui passe n’est pas une histoire de mode ou d’air du temps ! Ces images qui ont presque un demi-siècle sont sans effet de mode. Rien n’est pire que ce qui est fait pour plaire à son époque. Ce qui a été fait Vraiment (avec un V majuscule) tient la route pour de bon. Le temps ainsi au contraire contribue à ne pas être que du temps qui passe ! Merci à la Ville de Besançon de me permettre cela.

 

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Par philippe schweyer
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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 15:19

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Gravure : Henri Walliser

 

Rencontre avec Theo Hakola, ex-leader d’Orchestre Rouge puis de Passion Fodder, auteur de cinq albums en solo et d’une poignée de livres, dont Rakia, un “Jules et Jim inversé à la sauce balkanique”. 

Invité à parler de rock et de littérature dans le cadre du festival Tout Mulhouse lit, Theo Hakola prend ses interlocuteurs à revers. Pour lui qui a produit le premier album de Noir Désir et qu’un journaliste du NME surnomma “Baudelaire with an electric guitar”, il y a le rock d’un côté et la bonne littérature de l’autre. Dire que Céline ou Bukowski font de la littérature rock, n’a pas de sens. Quelques minutes après un débat qui nous a laissé sur notre faim, nous retrouvons Theo Hakola en tête à tête. L’occasion de revenir sur son parcours de musicien et d’écrivain, d’évoquer ses rencontres les plus marquantes, ses combats et ses colères. Après une heure de conversation, nous lui proposons une chronique dans Novo dans laquelle il sera libre de raconter les élections depuis les Etats-Unis où il séjourne régulièrement. Deux jours plus tard, le facteur dépose Drunk women and sexual water dans notre boîte aux lettres. Forcément le meilleur disque du monde, beau comme un coup de couteau en plein cœur.


Est-ce que cela t’agace que l’on te parle encore d’Orchestre Rouge et de Passion Fodder ?

Le premier album d’Orchestre Rouge est mon plus mauvais disque. Il est mal produit, il ne sonne pas, les textes ne sont pas intéressants, le son des guitares est infect, la voix est quelconque. C’est de la branlette, mais je me suis bien amusé. Si on aime encore ce disque-là, on ne partage pas mes goûts. Le deuxième est un vrai pas en avant, mais il est à peine audible. Par contre, à partir du deuxième album de Passion Fodder, j’assume complètement. Je fais régulièrement le tour de mes cinq albums solo et mon préféré est le dernier. Heureusement que mon dernier disque est le meilleur !


Après la découverte de Dylan, le punk et en particulier le Clash a-t-il changé ta vie ?

J’ai l’espoir d’éclairer ceux qui m’écoutent, comme certaines chansons m’ont éclairé. A cinq ans, j’ai entendu Dylan à la radio. Subterranean Homesick Blues était dans les charts ! A douze ans, j’ai vu Jimi Hendrix en concert pour 3 dollars 50. A l’époque tout le monde jouait Hey Joe, mais Hendrix l’a explosé. C’était la révolution. Ensuite, après la traversée du désert des années 1970, il y a eu le punk et en particulier le morceau White man in Hammersmith Palais de Clash. C’est la première fois que j’entendais un texte qui m’éclairait tout en canalisant ma colère et ma frustration. C’est peut-être aussi le but de mes propres textes. J’écoute encore l’album des Sex Pistols avec grand plaisir. C’est un peu comme prendre de la cocaïne le matin. Ça me donne envie de vivre. Je n’aime pas toute l’œuvre du Clash, mais c’était comme une révélation, une ouverture. Il y avait un côté artistique chez les punks, en particulier à New York avec Television et la réhabilitation des guitares qui tuent. Ce que Television a pu faire, surtout en live, est miraculeux. Le Clash avait un discours plus politique, mais c’était parfois du pipeau, de la branlette…

 

Quand Joe Strummer parle des Brigades rouges dans Rude Boy, c’est assez confus…

Oui, c’est n’importe quoi ! Ce discours-là vendait des disques. Le même phénomène a eu lieu en France avec la Mano Negra ou les prises de position de Noir Désir. Ça a servi à vendre des disques. Je ne dis pas qu’ils l’ont fait pour ça, mais c’était une mode. On aimait bien lever le poing et penser que l’on était révolutionnaire. Les Clash ont profité de ça. Je ne dis pas qu’ils l’ont fait pour ça, mais cette image de révolutionnaires était bonne pour eux.

 

Tu les as rencontrés ?

Oui. Ils étaient dans le “Sex, drugs and Rock’n Roll” comme les autres. Cela dit, Strummer est toujours resté charmant. Il y a eu un vrai moment de magie, même si leur discours politique était parfois de la branlette. A la fin de White man in Hammersmith palais, Strummer se moque de lui et c’est pour ça que cette chanson est miraculeuse. Quand il dit « Im the all night drug prowling wolf who looks so sick in the sun » c’est une façon de dire qu’il n’est tout de même pas Martin Luther King. Sa frustration parce qu’aucun groupe de noirs ne prône la révolution est un peu bête, mais il y a tellement de couches que l’on pourrait écrire une thèse sur ce morceau. Quand il dit « The new groups are not concerned with what there is to be learned. They got burton suits huh you think it’s funny, turning rébellion into money » c’est exactement ce qu’ils étaient entrain de faire. Il y a tout leur talent et il y a aussi un peu de hasard qui fait que leur musique était vraiment bien. J’ai adoré le morceau Spanish Bombs, mais « Yo te quiero y finito », c’est n’importe quoi ! Pourtant ça évoquait de manière poétique des choses qui me touchaient. Ils voulaient se référer à la guerre civile espagnole qui était ma spécialité. Ce simple geste m’a touché.

 

De quelle nature était ton engagement contre l’Espagne franquiste ?

En 1975, j’ai travaillé à temps plein pour le Comité américain pour l’Espagne démocratique. Après la mort de Franco, j’ai continué à contribuer alors que je faisais mes études à Londres. En 1976, je suis allé en Espagne pendant trois mois pour donner un coup de main. On luttait contre la politique américaine qui soutenait Franco. Pour conserver ses bases militaires, les Etats-Unis lui donnaient comme une béquille alors qu’il était en train de s’effondrer. C’est surtout contre ça que l’on se battait.

 

Peu de musiciens s’intéressent autant à la politique que toi.

Si j’étais Springsteen, je pourrais me rendre mille fois plus utile. Je parle de politique comme je parle de l’amour. J’ai besoin d’exprimer ma colère, ma tristesse ou l’amour. Le blues doit tout à la tristesse, à la souffrance, à l’amour. L’amour ça peut être le blues, la tristesse et la dépression mais ça peut très bien être aussi la colère politique ou mes désirs politiques.

 

Tu rencontres d’autres musiciens ?

Je n’ai pas encore rencontré Dylan. Je pense qu’il va mourir et que je n’aurais pas fait sa connaissance. Peut-être que ça compte moins pour moi aujourd’hui de rencontrer mes idoles. Mais j’en ai rencontrées. Ça compte un peu. Joe Strummer, par exemple. J’ai discuté avec lui deux fois et c’est quelque chose que j’aime porter en moi. J’aimais beaucoup Jorge Semprun que j’ai interviewé à la fin des années 1970 et au début des années 1980 pour un hebdomadaire américain de gauche et aussi pour Cineaste. J’ai passé du bon temps à discuter avec lui. J’étais un peu naïf et je ne me gênais pas pour l’appeler pour aller prendre un café. Il m’a donné de son temps, alors que je sais que pour un auteur chaque obstacle à l’écriture est pénible. Parfois, je repousse l’obligation d’aller faire des courses jusqu’à ce qu’il n’y ait plus ni pâtes ni beurre à la maison. Quand je pense que je l’ai dérangé dans son emploi du temps, je trouve ça assez touchant qu’il m’ait donné ce temps. C’est un peu par hasard que j’ai rencontré Iggy Pop et Lou Reed… Si j’avais des petits enfants, ça serait marrant de leur raconter ça.

 

Tu pourrais aussi raconter ces rencontres dans un livre.

Oui, je pourrais écrire mes mémoires à quatre-vingt ans… Je n’écris pas de livres autobiographiques, mais j’utilise ce que je vis pour le cadre. J’ai rencontré Lester Bangs au CBGB et je lui ai payé une bière. C’est un plaisir de pouvoir me souvenir de ça. Dans mon deuxième roman, il y a un personnage qui est directement inspiré par notre petite rencontre.

 

Tu lisais les articles de Lester Bangs dans le Village Voice ?

Je me souviens surtout d’un grand article qu’il a écrit en 1979 et dans lequel il parlait des idées fascisantes et du racisme dans le milieu punk et la new wave. Il avait interviewé un musicien de couleur, Ivan Julian, le guitariste de Richard Hell and the Voidoids. J’étais épaté par la finesse et l’humanisme de cet article. Juste après, je suis allé au CBGB pour voir Richard Hell and the Voidoids. Lester Bangs picolait et était dans une spirale qui l’entraînait vers le bas, mais ça ne l’a pas empêché d’avoir une plume jusqu’au bout. Un morceau comme Blitzkrieg Bop de Ramones me troublait. Quand Sid Vicious se fait filmer avec une croix gammée dans La Grande escroquerie du rock’n roll, ça ne me fait pas rire une demi-seconde. J’ai trouvé ça bien que Lester Bangs parle ce ces choses troublantes. Le Clash était dans la provocation, mais pas en flirtant avec des images fascistes pour choquer les bourgeois ou les hippies. Je suis né trop tard pour être hippie et trop tôt pour être punk. Quand j’ai vu Hendrix en 1966, j’avais douze ans. C’est un peu jeune pour prendre de l’acide et partir à San Francisco. Et j’avais déjà vingt-quatre ans en 1978, c’était un peu tard pour être punk. J’ai abordé la musique avec plus de maturité que ceux qui avaient dix-huit ans. Peut-être qu’eux avaient l’énergie et la capacité de provocation que je n’avais déjà plus. Moi aussi, j’ai fait de la provocation un peu gratuite en déchirant des bibles sur scène aux Etats-Unis. Ça amusait les gens lors de la plupart des concerts, jusqu’à ce qu’on arrive en Californie du sud où on a commencé à avoir des retours un peu effrayants.

 

C’est ennuyant de déchirer des bibles si personne ne réagit !

Ils réagissaient. C’était joyeux. Ils venaient avec des bouts de feuilles pour qu’on les signe. C’était très drôle, c’était la fête et j’avais un discours qui allait avec. C’étaient des bibles ramassées dans les chambres d’hôtel. En Californie du sud, les gens ripostaient en m’insultant. Un soir quelqu’un a jeté un cendrier en verre sur la scène. Pendant le même concert, quelqu’un dans le public nous a payé une tournée. C’était de la provocation gratuite. En fait, j’en avais marre, comme j’en ai toujours marre, de l’importance de la religion dans la société américaine.

 

Ce n’est pas fini avec le probable prochain candidat républicain…

C’est pour ça que mon prochain album s’appellera This machine kills Republicans ! Titre provisoire… Ce sera peut-être This album kills Republicans ou This song kills Republicans. C’est une référence à Woodie Guthrie qui avait un autocollant « This machine kills fascists » sur sa guitare.

 

Y a-t-il une écriture rock ?

La musique rock existe, mais l’écriture rock n’existe pas. Le rock que j’aime est un couteau aiguisé pour rentrer dans mon ventre, dans ma tête et dans mon cœur. C’est aussi ce que j’attends de la bonne littérature. Avant de faire de la musique, j’ai essayé d’écrire des romans et j’ai été journaliste. Avec l’âge, à la différence de Carson McCullers qui est née avec la grâce, j’ai réussi à écrire des romans. Je suis né sans génie, mais avec le talent du travail. Ma musique est plus aboutie et plus respectable aujourd’hui qu’à mes débuts alors que Dieu, qui n’existe pas, a touché Carson Mc Cullers qui a écrit Le Cœur est un chasseur solitaire à vingt-deux ans.

 

Est-ce aussi excitant d’écrire que de faire de la musique ?

La musique, c’est mille fois plus marrant. Surtout parce qu’on n’est pas seul. L’écriture, c’est quand même triste. La poésie est plus proche du rock que le roman. Quand j’ai commencé la musique, mon idée était d’écrire de la poésie. Je trouvais que Neruda, une de mes idoles, était mieux chanté que dit. En tant que fan de Dylan, je trouvais que n’importe quelle poésie digne de ce nom était mieux chantée que dite, justement parce que le couteau était plus aiguisé. Ça pénétrait mieux mon cœur quand c’était chanté et c’est toujours le cas. Ce qui est excitant et même intoxiquant quand je m’isole à la montagne aux Etats-Unis pour écrire, c’est quand mon cerveau commence à porter le livre. Là, j’ai besoin de ma dose sans quoi je suis en manque. C’est cet état qui me permet d’achever mes pavés.

 

C’est plus difficile d’avoir une vie sociale quand tu écris?

Tout va bien si par chance j’ai mon amoureuse avec moi. Je peux passer quinze heures d’affilée en studio, mais je ne peux pas écrire pendant quinze heures. Il faut quand même respirer un peu. Il faut aller embêter des truites dans des rivières locales.

 

Est-ce plus facile de faire un disque quand tu as une amoureuse ?

C’est sans doute mieux quand je me suis fait quitter.

 

Alors, il faut remercier celles qui t’ont largué…

Je suis avec quelqu’un aujourd’hui, donc le prochain sera sans doute sera moins bon parce qu’elle m’aime, que je l’aime et qu’elle n’est pas sur le point de me quitter. Mais je peux imaginer qu’elle me quitte et je peux aussi recycler les largages passés et pondre une chanson.

 

Quel est le sujet de Rakia, ton dernier livre ?

 C’est un livre inspiré à la fois par mon amour et par mon agacement pour les Serbes. Mon personnage est un chanteur de rock qui quitte son groupe. C’est un personnage plutôt faible, candide, flou et mou qui se cherche et va se faire accaparer par deux femmes éclatantes, deux espèces de sirènes, des serbes. Entre lui et les deux musiciennes, se joue une sorte de Jules et Jim à l’envers. Belgrade me fait un peu penser à Madrid au début des années 1980. Il y a une Movida, une ouverture, une excitation underground et artistique, une fête continue que j’essaye de rendre dans mon roman. Par ailleurs, le temps que j’ai passé à Sarajevo m’a énormément ému. L’intrigue est un véhicule dont je me sers pour raconter l’ex Yougoslavie et analyser ce que j’appelle le “déni serbe”. Je ne dis pas que c’est facile, je ne dis pas que tout est noir ou blanc, mais c’est fou à quel point les Bosniaques et les Serbes voient les choses différemment. Je finis par voir les choses davantage comme les Bosniaques. Je ne suis pas anti-serbe, comme je ne suis pas anti-américain. C’est Sarah Palin qui est anti-américain. C’est elle qui fait du mal au pays et je crois que Obama nous protège mieux que Bush. A l’époque, je comprenais qu’on me fasse des réflexions en Europe sur Nixon ou le Vietnam, alors que les Serbes sont souvent sur la défensive. Où est la vérité là-dedans ? Où est-ce qu’on cherche la vérité ? Comment trouve-t-on la vérité ? Mon personnage cherche et c’est un des fils conducteurs du livre.

 

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Par philippe schweyer
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Mercredi 19 octobre 2011 3 19 /10 /Oct /2011 08:34

Vincent Vanoli présente son nouveau livre au Noumatrouff le 21 octobre à 20h30 (sortie officielle le 15 novembre).

 

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Par philippe schweyer
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Lundi 17 octobre 2011 1 17 /10 /Oct /2011 22:49

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Rencontre avec Barry Gifford, l’auteur de Sailor et Lula, pour parler de littérature, de cinéma et de souvenirs d’enfance sous l’œil attendri d’Eric Vieljeux qui a déjà publié trois de ses recueils aux éditions 13e Note.

 

Printemps 2009 : 13e Note sort Régime sec de Dan Fante. La photo sépia aux contours arrondies et la typographie utilisée sur la couverture, la qualité du papier et le nom de l’auteur, fils prodige du génial John Fante : tout pousse à passer à la caisse. Les livres qui suivent (Putain d’Olivia de Mark SaFranko, Notre Dame du Vide de Tony O’Neill, Speed de Williams Burroughs Junior…) achèvent de rendre accro le lecteur en mal d’émotions fortes made in USA. Eric Vieljeux, l’homme à qui l’on doit ce coup éditorial que personne n’a vu venir, s’avère être le rejeton d’une célèbre famille d’armateurs (le logo de 13e Note est une adaptation de l’emblème de la compagnie maritime Delmas-Vieljeux, lui-même dessiné en hommage à la roue de Mulhouse). C’est en 2008, que cet armateur amateur de littérature et de jazz s’est mis en tête de monter de toutes pièces une maison d’édition pour publier Dan Fante, puis d’autres auteurs “extrêmes sous haute tension” jusqu’ici curieusement délaissés. Son business plan est un modèle de rigueur : au lieu de miser sur d’hypothétiques gains, il commence par calculer combien d’argent il peut se permettre de perdre. Trois ans plus tard, secondé par un équipage du tonnerre (Sandrine Belehradek, Adeline Regnault, Patrice Carrer, Gilles de Bure), il a déjà lancé dans le circuit plus d’une vingtaine d’ouvrages dont deux chefs-d’œuvre à lire de toute urgence (Superbad de Tom Grimes et Perv, Une Histoire d’amour de Jerry Stahl), quatre Dan Fante (Régime sec, Bons baisers de la grosse barmaid, Limousines blanches et blondes platines, De l’alcool dur et du génie) et trois recueils de récits écrits par Barry Gifford avec son sens des dialogues si particulier (American Falls, Une Education américaine et Veracruz sous les étoiles). Annoncés pour 2012 : un roman inédit de Charles Bukowski et les Mémoires de John Fante, écrits par son fils. Le 28 juin dernier, Barry Gifford était invité à Besançon pour une soirée chez Camponovo. Nous avons sauté sur l’occasion pour le rencontrer à l’heure de la sieste, accompagné par Eric Vieljeux que nous cherchions vainement à approcher depuis des mois. Attentionné et prêt à donner un coup de main pour faciliter le dialogue franco-américain entre un reporter alsacien et un écrivain basé à San Francisco, Eric Vieljeux est manifestement ravi d’être sur la route en compagnie d’un des gros calibres de sa petite maison d’édition. T-shirt noir et biceps gonflés à bloc, Barry Gifford a exactement le physique de l’écrivain américain à qui on ne la fait pas. Mais, contrairement à la plupart de ses confrères publiés par 13e Note, il ne boit pas d’alcool, ne fume pas et ne prends même pas de drogues. Rien ne peut le détourner de son obsession : écrire pour retrouver la vérité des sentiments et des émotions envolés.

 

Dans Une Education américaine, on devine que certaines histoires sont inspirées par vos propres souvenirs d’enfance.

La plupart des écrivains débutent en écrivant de manière biographique, en parlant de leur enfance. Pas moi. Je ne voulais pas écrire sur quelque chose de biographique avant d’avoir une perspective appropriée. J’avais besoin d’une certaine distance. Ce n’est qu’après de nombreux livres, de nombreux films et de nombreuses années que j’ai commencé à écrire d’un point de vue plus autobiographique. Ce qui est bien, c’est qu’avec cette distance, vous ne parlez plus des vraies personnes, des vrais endroits. Vous avez une manière différente de comprendre et vous pouvez en parler avec une sorte de perspective dépassionnée. Voilà ce qu’est Une Education américaine. Oui, certaines choses sont fondées sur des incidents réels, mais même ceux-ci sont transformés, même ceux-ci deviennent fiction. C’est une fiction totale, mais le « sentiment », comme vous dites, y est. Voilà la vérité. La vérité est dans l’émotion, qui est la seule vérité intéressante.

 

Est-ce qu’il y a des choses que vous avez vécues à-propos desquelles vous ne pourriez pas écrire ?

 Probablement oui, mais peut-être que non. Parce qu’une fois qu’il y a assez de distance et si je peux les filtrer mes souvenirs à travers une certaine lentille, alors je peux les voir avec objectivité et les utiliser. Par exemple, il se peut que Roy ait souffert dans la vraie vie, mais pas de cette manière. Avec la perspective, on comprend mieux pourquoi les gens font ce qu’ils font. Par contre, les situations doivent sembler réelles. Si elles vous semblent réelles, c’est que j’ai réussi.

 

Y a-t-il des choses que vous vous interdisez d’écrire par crainte des réactions de votre entourage ?

Absolument pas. Jamais. Si quelqu’un dit : « Pourquoi as-tu écris sur moi de cette manière ? », je lui demande : « Tu penses que c’est toi, cette personne terrible ? C’est vrai, c’est toi ? Ah bon… ». Dans ce cas-là, vous embobinez la personne…

 

Il y a ce passage où la mère de Roy le gifle et lui crache au visage. C’est si dur que l’on se dit que cette scène ne peut pas être inventée…

J’ai vu des comportements bien pires ! J’ai écrit Wyoming en me basant sur les voyages que j’ai faits enfant avec ma mère, mais les conversations sont de la pure invention. Le problème est de rendre correctement les sensations. Tout ce qui arrive dans le livre est agréable. Donc si ma mère lit ça, elle se sent bien : « Oui, nous avons passé un moment merveilleux… ». Mais si elle lit le chapitre dont vous avez parlé, elle ne se reconnaît pas. C’est elle qui a une mémoire sélective. C’est pareil si vous écrivez sur une de vos petites amies. Il y a eu de bons moments, puis de mauvais moments, puis vous en avez eu assez. Vous avez là vos trois actes pour une pièce, un film ou un roman. En lisant la première partie, votre ex petite amie va dire : « C’est vrai, nous avons passé de bons moments, c’était merveilleux, il me faisait des cadeaux, etc. » Puis elle lit la deuxième partie où vous dites que vous avez eu des problèmes, qu’elle ne faisait pas la vaisselle et qu’elle avait couché avec votre frère et là, elle va dire : « Non, ce n’est pas moi ça ! ». Puis elle arrive au troisième acte et là, soit elle va dire : « Eh bien, je suis bien contente d’en avoir fini avec ce mec qui n’en valait pas la peine. Il n’y a qu’à voir comme il parle de moi » soit elle peut dire : « Il a raison, je ne l’ai pas si bien traité ». Cela dépend d’elle. Mais vous racontez votre vérité et si vous êtes bon, ce n’est pas si reconnaissable. C’est universel. Et ça m’énerve qu’on me demande si c’est autobiographique !

 

Une Education américaine est un livre profond, qui parle aussi de l’Europe et qui nous emmène bien au-delà des histoires de gangsters et de filles faciles…

Quand j’étais enfant, beaucoup de gens que je connaissais étaient des immigrants. Mon père venait d’Europe centrale. Les gens parlaient d’autres langues et racontaient des histoires en rapport avec d’autres endroits. C’était ça l’Amérique ! J’essaie de recréer, de réinventer un « milieu » qui n’existe plus. J’ai toujours été curieux. J’ai toujours voulu savoir d’où venaient les gens.

 

Un des personnages d’Une Education américaine dit qu’il n’y a plus de génie depuis Fellini…

J’ai toujours aimé Fellini et je me suis toujours intéressé au cinéma. Gamin, j’ai passé des heures à regarder de vieux films car je vivais la plupart du temps dans des hôtels. On me laissait très souvent seul et j’ai pris l’habitude de rester réveillé très tard. Je passais la nuit à regarder des films, le plus souvent en noir et blanc, et ça m’a aidé à développer mon sens de la narration. Dès mon très jeune âge, je pensais que j’allais écrire des histoires. J’entendais des histoires du monde entier dans les hôtels. Surtout quand je voyageais avec mon père. C’était principalement un monde d’hommes, presque tous immigrants. Quand ils parlaient, ils s’exprimaient dans un dialecte qui était comme un langage symbolique que je devais essayer de comprendre, de sorte que beaucoup était laissé à mon imagination. C’était la meilleure université pour un écrivain. Je n’ai pas été à l’université puisque j’étais déjà écrivain à onze ans ! Ce fut une époque formidable. C’était après la guerre. Et la même chose arrive maintenant en Roumanie. Après la chute de Ceausescu, ils ont leur “Nouvelle Vague” et tournent des films réalistes très durs. La créativité surgit des conflits. Où est la motivation si tout est merveilleux, si vous n’avez pas de problèmes et que le monde est idéal ? Le premier roman au monde, The Tale of Gengi, date de 1007. Il a été écrit par Murasaki Shikibu, une noble japonaise qui raconte les commérages et les intrigues à la cour. Leurs conflits étaient plutôt petits puisqu’ils ne connaissaient pas le monde extérieur. Si votre mère vous dit de manger vos boulettes de viande et que vous refusez, c’est votre conflit. La question est de savoir combien de pages vous êtes capable d’écrire sur des boulettes de viandes !

 

Vous vouliez déjà être écrivain à onze ans, mais on a du mal à imaginer Roy en train d’écrire. On l’imagine plutôt faire les 400 coups avec ses copains…

Vous faites une terrible erreur si vous présumez que je suis Roy !

 

Est-ce que vos copains savaient que vous vouliez devenir écrivain ?

Certains copains savaient, mais ma vie à cette époque-là, ce n’était que le sport. Mes relations étaient fondées sur le sport. Les gens me connaissaient en tant qu’athlète, joueur de baseball, joueur de football américain ou boxeur. C’était ça ma vie et c’est ce qui m’a permis de survivre dans ce monde-là. Les deux choses que j’ai toujours aimées étaient le sport et la littérature… Et les filles ! Maintenant, j’aime seulement les filles (rires).

 

Les écrivains américains, particulièrement ceux publiés par 13e Note, semblent avoir davantage de “vécu” que les écrivains français qui n’ont jamais fait de sport, par exemple…

Je ne suis pas un intellectuel académique, j’ai toujours détesté l’école et elle m’a détesté. C’est le sport qui m’a permis d’être heureux. Ensuite, je suis allé en Europe à dix-huit ans. J’avais mes modèles : Jack London, Joseph Conrad… J’ai fait plein de choses, mais j’ai toujours tenu à ce que mes boulots n’interfèrent pas avec mon vrai travail. Je pensais que si j’avais quelque talent et de la chance, je serais payé pour ça et c’est ce qui arriva. Ces petits boulots m’ont permis de gagner l’argent dont j’avais besoin car j’ai eu des enfants tôt. En fait, j’ai eu beaucoup de chance car, étrangement, je n’avais pas de mauvaises habitudes. Je ne prends pas de drogues, je ne bois pas, je ne fume même pas contrairement à tous ces écrivains et tous ces artistes qui agissent comme Charlie Parker. Des tas de musiciens se droguaient pour jouer comme lui, mais ça ne marche pas comme ça. Il n’est pas nécessaire de se droguer. Les faiblesses vous détournent de vous-même et je suis trop égoïste pour ça. Quelque chose me faisait croire que j’avais quelque chose à dire. Ce qui est aussi une illusion ! Et il faut être un peu fou pour croire que l’on peut gagner sa vie en écrivant. Norman Mailer m’a dit qu’il y a seulement 1% des auteurs de littérature qui gagnent leur vie avec leurs livres. Si j’avais su ça, peut-être que je ne l’aurais pas fait. Je me faisais une idée romantique de la vie de Melville, Conrad ou London qui se baladaient à travers le monde tout en écrivant leurs livres. Moi, il fallait que je trouve ma propre voie.

 

Comment avez-vous commencé à travailler pour le cinéma ?

Le cinéma est venu à moi avec un projet d’adaptation de Port Tropique, mais le film ne s’est pas fait. Puis David Lynch est arrivé.

 

J’ai retrouvé un article de Philippe Garnier qui date de 1996 dans Libération. Il raconte qu’après Sailor et Lula, quand les producteurs voulaient vous faire venir en ville pour un déjeuner, vous demandiez 1 000 dollars plus les frais pour la consulte.

Bien sûr que non ! Jamais ! Fuck Garnier ! Demandez à Garnier ce qu’il a fait des 1 000 dollars ! Il est fou ? C’est une blague ? C’est ridicule !

 

Après Sailor et Lula et Lost Highway, avez-vous d’autres projets avec David Lynch ?

Non, David s’implique tellement dans la méditation… Il vit dans un autre monde. Par contre, je viens de jouer dans The Phantom Father, un film de Lucian Georgescu tourné au Brésil et tiré d’une des nouvelles de Véra Cruz sous étoiles. C’est intéressant de les observer faire ce film avec un réalisme non pas magique, mais mystique, qui rappelle un peu Fellini. J’aime ça. C’est doux et gentil, vous ne voyez aucune violence à l’écran et c’est différent pour moi.


Publié dans Novo N°16 (www.novomag.fr) / Photo : Nicolas Waltefaugle / www.13enote.com

 

Par philippe schweyer
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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 17:15

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C’est l’été indien sans Joe Dassin, mais ça fait du bien quand même. Après une semaine stressante, je me détends en sirotant un amer à l’ombre de la cathédrale. Une femme élégante s’approche et me demande si elle peut s’installer à ma table. Elle a les bras chargés de magazines. Au bout de quelques minutes, elle se tourne vers moi :

- C’est vous qui écrivez les éditos dans Zut !?

C’est la première fois qu’une femme m’aborde grâce à mes éditos. Et moi qui pensais que j’aurais mieux fait de faire de la politique…

- Oui, comment vous m’avez reconnu ?

Elle me montre la couverture de Télérama.

- Vous avez vu ça ?

- Quoi, le dossier sur le plagiat ?

- Oui, le dossier sur le plagiat !

Son ton est légèrement agressif. Je me demande où elle veut en venir.

- Vous avez de la chance que Zut ! ne soit connu qu’à Strasbourg, sinon vous auriez été démasqué comme les autres !

- Comment ça, vous me prenez pour un plagiaire ?

- Bien sûr que vous plagiez. Vous n’êtes qu’un vulgaire plagiaire ! Un minable comme vous serait incapable d’écrire tout seul ce que vous écrivez. Vous n’avez vraiment pas le look d’un type qui écrit dans Zut !

- Ah bon ? Pourtant, c’est moi qui écris ce que j’écris. Je ne vois vraiment pas qui j’aurais pu plagier pour écrire les bêtises que j’écris…

- Vous me prenez pour une idiote. J’ai reconnu des morceaux de Raymond Carver et aussi du John Fante et même du Bukowski dans vos éditos. Je pourrais vous dénoncer au Club de la Presse…

- Du Raymond Carver ???

- Arrêtez, je vois dans votre jeu. Vous devriez avoir honte de pomper les génies américains. Bukowski avait une sale gueule comme vous, mais il savait boire avec style. Je vous ai vu tremper vos lèvres dans votre bière, on dirait que vous avez peur de vous brûler. Vous n’êtes qu’une chochotte qui n’arrive pas à la cheville de Bukowski !

- N’empêche que je ne lui ai jamais pompé une ligne !

- En plus vous persistez ! Vous êtes dans le déni… John Fante, à votre place, il aurait reconnu ses erreurs. Vous n’avez aucune classe… Je me demande comment vous avez pu être recruté par Bruno Chibane. Lui au moins, il sait parler aux femmes et il a le chic pour faire des magazines qui sortent du lot… C’est plutôt les autres qui essayent de le pomper.

Je me suis levé. Ma vessie était sur le point d’exploser.

- Vous permettez que j’aille aux toilettes ?

- Vous voyez, même pour aller pisser vous pompez Raymond Carver !

Cette femme était dingue. En ressortant des toilettes, je suis parti discrètement sans payer pour m’en débarrasser une bonne fois pour toutes. Arrivé chez moi, mes yeux sont tombés sur le tome 1 des oeuvres complètes de Carver qui traînait au pied de mon lit. En l’ouvrant au hasard, j’ai commencé à lire Dans le viseur, la nouvelle qui démarrait page 15. Au milieu de la page il était écrit noir sur blanc : « Vous permettez que j’aille aux toilettes, a dit l’homme sans mains ». La femme avait vu juste. J’étais un sale pompeur, un moins que rien, un voleur de mots, un vulgaire plagiaire qui ne méritait pas d’écrire dans Zut !. Heureusement, il me restait mes deux mains. Je me suis allumé une cigarette de la main gauche tout en décapsulant une canette de Meteor de la main droite. La vraie vie était encore plus dingue que tous les génies américains réunis.

 

(publié dans le magazine ZUT! N°11

www.zutmag.fr)

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Samedi 3 septembre 2011 6 03 /09 /Sep /2011 10:31

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« À partir du moment où tu prends du papier, un bout de stylo, soit 

t’essayes de devenir rappeur, soit t’essayes de devenir ce que tu peux ». 

En insufflant humour et solennité à leur incroyable comédie humaine, 

les élèves du Lycée Jacques Brel de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, 

ont réalisé entre janvier et juin 2011 des portraits de leurs proches, en 

textes et en photos. 

 

Ils retracent la vie de ceux qui leur sont chers à partir d’entretiens, de 

souvenirs ou d’épisodes fictifs qu’ils ont inventés pour combler les lacunes 

et les blessures. Invoquant la mémoire de la guerre d’Algérie et de tous les 

colonialismes, convoquant rappeurs, djinns, esprit du vaudou ou éthique 

sportive, ils racontent de l’intérieur une des villes les plus fantasmées 

de France. 

 

 

Préface de Cloé Korman 

& Solène Nicolas

 

médiapopéditions 

ISBN 978-2-918932-03-1 

10 euros 

 

(Parution le 22 septembre)

 

 

 

 

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Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 06:59

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Bernard Plossu revient sur ses “années hip” dans un livre en forme de témoignage qui rassemble de nombreuses photographies, mais aussi deux reportages écrits par l’auteur pour Rock & Folk en 70 et 71. Petit résumé d’une aventure au long cours.

Lorsque j’apprends que Bernard Plossu sera à Besançon pour le vernissage de son exposition Versant d’Est, le Jura en regard au Musée des Beaux-arts de Besançon, je m’arrange pour obtenir un rendez-vous avec le photographe que je rêve de rencontrer depuis longtemps. Le 1er octobre 2009, Bernard Plossu arrive à Besançon les bras chargés de livres, dont une édition originale du Voyage mexicain. De quoi compléter les quelques vitrines qui rappellent judicieusement son attachement aux livres. De mon côté, je lui ai apporté le numéro 44 de Limelight, la revue éditée dans les années 90 par Bruno Chibane, le complice avec lequel nous éditons désormais Novo. Bernard Plossu y redécouvre avec un plaisir non dissimulé trois de ses images en noir et blanc accompagnées d’un beau texte de Michel Crozatier. Dans le musée, ses tirages les plus célèbres côtoient les paysages jurassiens qu’il a saisis au vol ses derniers mois, souvent en marchant. Pour poursuivre plus intimement notre conversation, nous sortons nous installer à une terrasse. Après quelques échanges au sujet de l’exposition, la conversation dérive et Bernard Plossu en arrive à me parler de ses articles sur Goa et sur la Californie publiés dans Rock & Folk en 70 et 71. J’en profite pour lui confier que je rêve de publier un livre de lui dans une nouvelle collection autour de la musique baptisée “Sublime”. Il me parle de “la musique de l’amour”, une série de photos de sa femme et de leurs deux enfants, exposée récemment à Corigliano en Calabre. Avec moi, il y aurait peut-être quelque chose à faire sur “la musique du silence”. Le projet auquel il pense s’appellerait “les non-sommets” et rassemblerait des sommets photographiés depuis les collines environnantes. En fait, la seule fois où il a vraiment eu envie d’illustrer de la musique, c’est au moment de sa rencontre avec Françoise Nuñez, elle aussi photographe. Ils projetaient de faire un livre sur les musiques de l’Islam, ils ont fait des enfants à la place ! En attendant que l’idée d’un petit livre fasse son chemin, je lui propose de choisir une de ses photos pour la couverture du prochain Novo. Le 7 octobre, il m’envoie quatre photographies prises en 1990 à Cabo de Gata en Espagne. Nous tombons d’accord sur une belle photo en couleurs de Françoise et de leurs deux enfants de dos sur la plage. Alors que Novo n’est pas encore sorti, Bernard a une nouvelle idée : faire un livre sur la musique des nomades du Niger illustré par ses photos des Peuls Bororos et des Touaregs. Le livre serait accompagné d’un CD reprenant les musiques du 33tours désormais introuvable qu’il a sorti avec François Jouffa en 1976.

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Quelques jours plus tard, en découvrant ses reportages dans les vieux Rock & Folk qu’il a photocopié pour moi, j’abandonne aussi sec la piste africaine. Lorgnant désormais vers San Francisco et Goa en plein trip hippie, je rêve d’un livre qui raconterait de l’intérieur, via le témoignage et le regard tendre de Bernard Plossu, comment une partie de la jeunesse a sincèrement cru qu’il était possible de changer le monde. Me confortant dans mon idée, mon ami Fanfan, à qui je parle de l’article de 70, se souvient immédiatement de la photo du hippie nu sur la plage à Goa dans son premier Rock & Folk, un numéro dévoré alors qu’il faisait du camping avec des Hollandaises près de Besançon et qui semble l’avoir marqué durablement ! Amusé par cette drôle de coïncidence et par mon enthousiasme, Bernard est partant pour se replonger dans ses archives et ses souvenirs de l’époque dès qu’il aura un peu de temps. Le 7 avril 2010, il m’envoie un mail enthousiaste : «  J’ai retrouvé toutes les vieilles diapos de Frisco pendant les années 60, Big Sur et l'art de vivre sur la côte nord californienne, GOA, les Sâdhus en Inde : Inouï ! Il va falloir se voir pour faire le choix et décider de tout… C'est, je crois, vraiment super ! Hâte de te montrer ça ! Accolade à la mexicaine, Bernardo ! » Le 21 mai, nous profitons de son passage à Besançon pour passer un long moment à regarder les fameuses diapos dans sa chambre d’hôtel. Je devine quelques merveilles. Nous trouvons même un titre provisoire : “La génération hip”. Dès lors, il apparaît clairement que ce ne sera pas un livre de Bernard Plossu comme les autres, puisqu’il comprendra beaucoup d’images en couleurs au grand angle (En 1975, il a renoncé aux séductions du grand angulaire pour ne plus travailler qu’avec un objectif de 50 mm). L’idée de faire un livre différent (surtout pas une expo !), nous plaît à tous les deux. Je devine que Bernard aimerait rendre hommage à tous ses amis de l’époque. Des pacifistes qui lui ont ouvert l’esprit et qui étaient pour la plupart des écologistes avant l’heure. A son retour, il m’envoie un peu de documentation (des coupures de presse de l’époque, le livre de Steven Jezo-Vannier San Francisco, l’utopie libertaire des sixties, etc). Moi qui ai toujours préféré l’énergie et le “no futur” lucide des punks à l’apathie et au “peace and love” naïf des hippies, je commence à mieux les comprendre et à envier leur idéalisme. Plus tard, je découvre que les articles de Rock & Folk ont déjà été repris en partie dans Les années cool, le livre de Martine Ravache. Qu’importe !


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Nos échanges de mails se font de plus en plus réguliers. Le 10 août, je prends le train de nuit avec Bruno pour rejoindre Bernard Plossu, chez lui à La Ciotat. Françoise, qui nous a tant fait rêver sur les photos de Bernard, nous accueille merveilleusement. Manuela est là aussi. La petite fille qui court sur la plage de Cabo de Gata en couverture d’un numéro de Novo est désormais une jeune femme épanouie. Entre deux repas, nous enregistrons nos conversations sur la terrasse, histoire “d’accumuler de la matière” comme dit Bruno. Bernard est enthousiaste comme jamais. Il nous raconte sa rencontre avec Henry Miller, ressort des tas de bouquins, des vieux magazines, des affiches psychédéliques… Je photographie tant bien que mal ces documents qu’il aimerait reproduire dans son livre. Après deux jours de bonheur et de discussions sans fin, il nous raccompagne à la gare et, avant la dernière accolade, nous immortalise devant la plaque qui rappelle que c’est ici que Louis Lumière, en photographiant l’entrée d’un train en marche, a réalisé l’un des premiers films qui sont à l’origine du cinématographe. Le 26 août, Bernard trouve le titre définitif du bouquin : « Far Out ! ».Ensuite, c’est au tour de Lionel d’entrer en scène. A lui les images à traiter et la mise en pages, à moi les enregistrements à décrypter et les articles à retaper. Dans ce livre, c’est décidé, tous les textes seront de Bernard Plossu. De la première à la dernière page, ses photos et ses mots apporteront un éclairage affectueux sur une époque qu’il n’a jamais reniée. J’ai remarqué depuis que nous échangeons par mail que Bernard adore les points d’exclamations. Egalement très nombreux dans le livre, ils en disent long sur son enthousiasme. Toujours avec Bruno, nous attendons Bernard Plossu en gare de Nancy le 26 février, pile le jour de ses 66 ans ! Le soir, chez Lionel et Aude à Dompaire, près d’Epinal, on fête dignement son anniversaire. Le lendemain, on se met au travail de bonne heure tous les quatre. C’est le meilleur moment. En quelques heures tout se met en place. Chacun donne son avis, défend ses idées. Quand il s’agit d’éliminer ou de rajouter une image, Bernard a naturellement le dernier mot. Jamais travail collectif n’a été aussi agréable. Et alors que l’on s’était fixé une limite à 144 pages, on se retrouve avec un livre de 160 pages. Quand on se quitte à la fin du week-end, le travail est pratiquement terminé. Il reste à Bernard à écrire les introductions de chaque chapitre et à compléter la liste déjà longue des personnes qu’il souhaite remercier. Le premier juin, le livre sera en librairie. Far Out ! (publié dans Novo N°14)

 

Far Out! Les années hip : Aight-Ashbury, Big Sur, India, Goa de Bernard Plossu publié par médiapopéditions dans la collection Sublime sortira le 1er juin 2011 en librairie (diffusion : www.r-diffusion.org)

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Par philippe schweyer
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Samedi 27 août 2011 6 27 /08 /Août /2011 06:24

Alors que la prestation d’Alex Kittel s’achève à DMC, le débat fait rage parmi les spécialistes encore sous le choc :

- Pour moi c’est une vraie performance. T’as vu comme il saignait à la fin ?

- Oui, c’est vrai qu’en voyant ses genoux en sang, on ne peut pas s’empêcher de penser aux actionnistes viennois ou même à Journiac.

- Journiac !? Tu ne crois pas que c’est un peu tiré par les cheveux ton affaire? 

- Peut-être… N’empêche que c’était assez sexuel. Fallait oser jouer avec tout ces sex toys à Météo…

- Oui, je n’ai pas regardé de près ses canards en plastique. C’était vraiment des sex toys ?

- Bien sûr !!! Tu croyais que c’était des jouets pour enfants ?

- En tout cas, j’ai adoré le coup du vibromasseur télécommandé au début de sa prestation ! Utiliser un vibro pour faire vibrer une cymbale, c’est génial !

- Ouais, tu trouves ? Moi j’appelle ça de la branlette intellectuelle !

- T’as dû aimer alors !!! Tu crois pas que Météo c’est justement de la bonne branlette intellectuelle ? Et là, Kittel tape en plein dans le mille avec ses machines à branler !!!

- Moi je trouve ça un peu facile…

- Facile ? T’en as vu d’autres finir les genoux en sang pendant le festival ???

- Ouais, mais quand il se met en caleçon, je trouve ça un peu trop théâtral…

- C’est vrai. N’empêche qu’ensuite il saute à plat ventre sur ses cymbales et ça, il faut le faire !

- Tu trouves que c’est un artiste engagé ?

- Engagé, je ne sais pas. Je crois que c’est un mec qui a inventé quelque chose… Un truc qui pourrait s’appeler le “Cymbalisme rampant”, le “Cymbalisme saignant”, le “Cymbalisme vibrant” ou le “Vibro-Cymbalisme”!

- Tu devrais lui proposer de t’occuper de sa communication…

- Oui. Il faut absolument faire connaître ce mec. Ça fait longtemps que je n’avais pas vu un show pareil.

- Et tu as écouté aussi ? Parce que tu ne me parles pas du tout de musique…

- Musicalement ce n’est pas si mal non plus. Il y a une vraie poésie. Ses cymbales vibraient assez joliment. Tu ne trouves pas ?

- Si, mais bon, c’est un peu facile avec des vibromasseurs…

- Oui, mais c’est le premier à faire ça ! Et quand il maltraite ses accessoires, ce n’est pas mal non plus…

- Tu écouterais ça sur disque chez toi ?

- Peut-être pas… Mais bon, je ne suis pas prêt d’oublier son concert. Et un festival qu’est-ce que c’est sinon une machine à fabriquer des souvenirs ?

- Moi non plus je ne suis pas prêt de l’oublier ce Kittel… Je vais me renseigner pour savoir si il y a d’autres cymbalistes rampants dans le monde. Si c’est vraiment le premier à faire ça, on pourra dire qu’on y était !

- Et oui, on y était. Et c’était à Mulhouse le 26 août 2011…

 

(publié sur http://festival-meteo.tumblr.com/)

Par philippe schweyer
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